Comme de coutume, partons à la découverte d’un point d’intérêt remarquable de notre patrimoine local. Ce mois-ci, nous vous proposons de vous arrêter devant l'un des emblèmes de la ville de Béziers avec le mythique stade de Sauclières, antre du "Grand Béziers" qui brillait sur le rugby français dans les années 1970/1980. Saviez-vous que les premiers matchs y datent de 1913 ? Qu'il a accueilli jusqu'à 25 000 spectateurs alors qu'il n'en contenait que la moitié en capacité ?

La naissance de Sauclières

C'est en 1903 qu' une première équipe est formée dans la ville de Béziers autour du Football Club Biterrois. Puis, ce sont le Sporting Club Biterrois et le Midi Athletic Club qui s’unissent en 1911 pour former l’Association Sportive Biterroise (ASB).  C’est un terrain coincé entre les bords de l’Orb et le Canal du Midi qui va faire office à partir de 1913 de stade pour la nouvelle société. C'est là,  à Sauclières, qu'on aménage un terrain d’honneur pour les rugbymen, mais aussi un terrain annexe équipé d’une piste d’athlétisme et quelques courts de tennis. L’ ASB est alors pensé comme un club omnisports (foot, athlétisme), même si le rugby éclipsera bientôt les autres sections.

Quelques années plus tard, en 1920, l’ASB rachète le terrain des Sauclières. Mieux même, les anciennes tribunes en bois du concours hippique sont également rachetées. Si l’ASB n’est pas encore le Grand Béziers, Sauclières, grand, l’est déjà. Plusieurs demi-finales du Championnat de France de rugby s’y tiennent rapidement. Perpignanais et Toulousains s’y retrouvent même dès 1921 à l’occasion de la première finale organisée par la toute jeune Fédération Française de Rugby.
Selon les sources, 20 à 25 000 supporters se massent dans un stade qui ne devrait normalement en accueillir que la moitié. On s’arrache la moindre parcelle de tribune, de pelouse, de palissade. Les supporters des deux équipes avaient envahi le stade six heures avant le coup d’envoi pour prendre d’assaut les places non numérotés. Des gradins de fortune faits de tonneaux de vin et de planches seront également aménagés à la va vite.

A partir des années 30, le Parc des Sports de Sauclières se modernise, s’agrandit. Des tribunes en dur garnissent les virages. Sauclières peut désormais accueillir entre 25 et 30 000 spectateurs sans avoir à grimper sur les panneaux publicitaires. Derrière l’intouchable stade de Colombes, Sauclières est ce qu’il existe de plus impressionnant dans le rugby français.

Dans le même temps, le football tente également se s’imposer à Béziers et à Sauclières. En 1939, l’ASB ouvre une section football qui accède en D2 à la Libération.

La cohabitation des deux sections foot et rugby au plus haut niveau ne se fait pas sans heurts. Un jour, un dirigeant du rugby de l'époque, engueula comme un chiffonnier l’entraîneur des footballeurs qui avaient osé faire fouler la pelouse de Sauclières à ses joueurs sans autorisation !

Pourtant, les rugbymen doivent s’incliner devant le fait accompli. L’ ASB c’est aussi du football. Parfois du très bon même. Du 22 mai 1955 au 18 septembre 1957 les footballeurs biterrois restent invaincus à Sauclières durant 45 rencontres consécutives. Une performance qui ouvre à la section les portes de la première division. Pour cette unique saison en D1, Sauclières affichera ainsi une affluence moyenne de plus de 7 500 spectateurs.

Mais le football biterrois ne sera jamais en mesure de rivaliser réllement avec les rugbymen de l’ASB. La section est de plus en plus souvent conviée à pratiquer sur le terrain annexe ou au Stade de la Présidente à l’entrée de la ville. Les véritables amateurs du football se font de plus en plus rares sur les bords de l’Orb : pour la dernière rencontre de la saison 1972-1973, ils ne sont ainsi que 18 spectateurs payants à se donner rendez-vous aux guichets du Stade de la Présidente...

Le club entamera sa dégringolade au début des années 80 et disparaîtra tout à fait en 1990 avant de se reconstruire au sein de l’Avenir Sportif Béziers par la fusion de l’Avenir sportif Saint-Chinian, du Football Club Béziers Méditerranée et du Béziers-Méditerranée Football Cheminots. Le club est aujourd'hui en Nationale 2.

Le Grand Béziers

Le début des années 60 signe une première période faste pour le rugby local. En 5 ans, le club accède à quatre reprises à la finale. De ces finales, seule celle de 1961 est remportée. Un prélude à l’aventure du Grand Béziers des années 70. Dépositaire d’un jeu d’avant d’exception, le club biterrois "marche" sur le rugby hexagonal : l’ ASB est sacrée championne de France à 10 reprises de 1971 à 1984. Peut-être encore plus impressionnant, Béziers réalise trois « Grands chelems » en 1972, 1975 et 1977 avec les 4 trophées du rugby français remportés la même année : bouclier d’automne, challenge Jules Cadenat, challenge Yves du Manoir et championnat de France !

Durant 25 ans, Sauclières reste une citadelle imprenable pour les équipes adverses. De 1959 à 1985, l’ASB ne s’incline qu’à 8 reprises sur sa pelouse. Chaque dimanche, ils sont au moins 5 000 à se retrouver en pèlerinage à Sauclières, une affluence record au regard de celle des adversaires.

Les années 80, marquent la fin du Grand Béziers. La finale remportée de 1984 est la dernière disputée par le club. Pis, le club doit également quitter Sauclières, cœur du rugby biterrois depuis 70 ans. On propose au club une arène moderne, spacieuse, de 20 000 places. L’ ASB ne peut y résister : à l’issue de la saison 1988-1989, Béziers délaisse Sauclières - au profit des seuls footballeurs de la ville - pour entrer au Stade de la Méditerranée, rebaptisé en 2019 "Stade Raoul Barrière" en hommage au "sorcier" entraineur emblématique du Grand Béziers.