Infirmier et artiste à la fois, timide et conteur, créateur de meubles et accoucheur de souvenirs, collectionneur de petits riens et inventeur de vies : autant d’apparentes contradictions qui font d’Alain Fornells, en son Musée des Meubles Modestes, à Bassan, un faiseur de mondes.

Au coin de la Promenade de Bassan se dresse une imposante maison. Elle abrite le très anticonformiste Musée des Meubles Modestes. Une véritable malle au trésor, et la collection qui l’habite sont l’œuvre d’Alain Fornells.

“J’ai été infirmier dans le village et j’ai rencontré des gens qui m’ont raconté des histoires qu’il m’était nécessaire d’entendre” explique-t-il. “J’ai recueilli la culture d’un voisin qui a travaillé à la mine ; les souvenirs d’un maçon italien ; les anecdotes d’une dame qui faisait de la couture ici”.

Tout ce “matériau”, bien à l’abri dans un coin dans sa mémoire attend au fil des années, repose, confiant, de devenir “un fragment ou le centre d’une histoire”… qui se raconte un jour dans un meuble fait de bric et de broc, assemblé à partir de bouts de cagettes et autres objets abandonnés qu’Alain chine dans les grangettes (*) des vignes d’ici. De Vieussan à Bassan en passant par Lignan, Espondeilhan… il les a tant arpentées, à la recherche de caissettes aux couleurs originales, dessins attrayants, imprimées de noms évocateurs.

Il a tout conservé, répertorié, rangé dans son atelier : “j’ai un stock énorme d’objets” continue Alain Fornells, “parce que les objets sont comme des mots : ils attendent le temps qu’il faut, pour faire partie de la bonne histoire. D’ailleurs si je ne dispose pas de l’objet qu’il me faut je l’attends, ou je le cherche. Par exemple, j’ai longtemps attendu une caisse où figure le nom Gloria. Parce que Gloria était le nom d’une dame importante pour l’histoire que je voulais raconter, dans un meuble que j’avais en cours”.

(*) grangette : cabane de vignes, construite en pierre sèche la plupart du temps, où les vignerons rangent leurs outils et s’abritent lors d’un orage. Elle s’appelle caselle dans le Lot, capitelle dans l’Aveyron et la Lozère, borie dans le Gard et en Provence.

Et le bois prend vie

Voilà donc que ce grand timide, ce “taiseux” s’affranchit du silence, surmonte l’injonction maternelle du “regarde de bien te tenir hein!” (comme il se le rappelle en souriant) et a désormais envie de parler, raconter, partager, parce qu’il crée des meubles non pas historiques, mais porteurs d’histoires, de rêves. Il parle pour sauver la mémoire des hommes, pour rattraper le long temps du silence.

Le tout premier fut un nichoir, dédié à Cyrano de Bergerac : “le perchoir était son nez, l’ouverture représentait la bouche de Cyrano, et j’avais imaginé un petit texte pour relier le personnage aux oiseaux, qui disait : vous vous préoccupâtes donc tant de notre bien-être, que vous créâtes ce perchoir pour nos petites pattes” !

Depuis, Alain Fornells a imaginé, assemblé, mis en mouvements et en sons d’autres meubles : un dragon à tiroirs ; l’ex-voto du Raphaël Nocca (le bateau de pêche qui plonge dans les flots tempétueux mais jamais ne sombre, comme les rêves) ; l’épicerie fine (ou l’histoire d’un fourgon laissé pour épave, qui rappelle le temps des commerces ambulants, souvenirs d’envies, d’histoires, de gourmandises d’enfants). Et tant d’autres encore.

Le dernier meuble en date est d’actualité : deux roues plantées sur un moyeu central, entièrement bordées de figures d’élégantes dames de papier – découpées dans des revues de mode et couture des années 1950 -, détourées et collées sur la roue. Ce sont ses “Passantes”, en hommage à Georges Brassens, dont on a fêté en 2021 le centième anniversaire. Alain Fornells ? Un remède poétique contre l’oubli.

PROJETS

  • Infirmier désormais retraité, Alain Fornells a néanmoins bien l’intention de :
  • Emmener, monter et raconter plusieurs meubles au CIRDOC (**) à Béziers, pour en organiser des visites guidées en occitan, sa langue “un plaisir, mais aussi un défi”. C’est chose faite, depuis le 12 janvier.
  • Continuer de fabriquer des objets “là je tourne autour d’un meuble qui évoque l’hôtel de la Paix, à Ax-les-Thermes. Un hôtel abandonné. Le mot hôtel d’ailleurs est tombé, il ne reste que “la paix”. Comme si la maison en demandait, de la paix”.
    Son rêve ? Que l’un de ses meubles, un jour, entre au MIAM (Musée International des Arts Modestes), à Sète.

(**)Institut Occitan de Cultura, Place du 14-Juillet à Béziers

N’attendez plus et partez à la rencontre d’Alain Fournel et sa passion, au musée des Meubles Modestes ! Du 12 au 31 janvier, rendez-vous pour son exposition « Los mobles modestes » à la médiathèque de Béziers !

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LES CONTES DES MEUBLES MODESTES
2 rue des Remparts (entrée)
34290 BASSAN

+33 4 67 36 11 91

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